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10 février 2019

Comment rembourser la dette publique au sein de l’Union européenne ?

La question de la possibilité d’un remboursement de la dette étatique fait débat, et divise les familles politiques et les économistes. D’après le Fonds monétaire international (FMI), la dette  publique mondiale s’élevait en 2016 à 164 000 milliards de dollars, ce qui représente plus de 200 pour cent du PIB nominal mondial (PIB qui ne prend pas en compte de effets de l’inflation), puisqu’en 2016 ce dernier s’élevait à environ 78 000 milliards de dollars. Dans ce contexte, le FMI, à travers son rapport sur la stabilité financière dans le monde, appelle les États à prendre des mesures pour éviter l’accumulation de dettes qui entraineraient à terme des répercussion très néfastes sur l’économie mondiale.

Le président du Conseil, Giuseppe Conte, lors d’une déclaration à la presse au Palazzo Chigi (2 mai 2019)

L’Italie : une dette 5 étoiles

En Europe, les gouvernements ont tendance à, plus ou moins, prendre en compte des mises en garde du FMI, à l’image du mouvement 5 étoiles en Italie, qui reprend la politique monétaire de l’économiste John-Meynard Keynes, afin de relancer l’économie italienne, fortement impactée par la crise de subprimes en 2008, et de celle des obligations souveraines en 2011. La théorie de relance d’après Keynes consiste à donner à l’État un pouvoir d’intervention plus important sur les marchés, en augmentant sa dépense publique, principalement pour les ménages. Le mouvement 5 étoiles, qui a pris véritablement le pouvoir en Italie en juin 2018 avec la Ligue (un parti de droite radicale), avait suggéré en 2013, période électorale durant laquelle l’Italie était touchée de plein fouet par la crise des dettes souveraines, la suppression de la dette italienne. Depuis l’explosion des dépenses publiques italiennes (suite à l’élection du Mouvement 5 étoiles), une inquiétude grandissante gagne les investisseurs, sceptiques au sujet de la capacité de l’Italie à pouvoir rembourser leurs emprunts. L’Italie, qui a fait le choix de ne pas mettre en place de politique de restriction budgétaire et préférant se lancer dans un bras de fer avec Bruxelles (dans un contexte où le poids de sa dette atteint 131,8 pour cent de son PIB d’après Eurostat et est le pays de l’Union européenne le plus endetté en valeur absolue avec 2 263 milliards d’euros), a vu sa note de dette souveraine dégradée par l’agence de notation Moody’s de Baa2 à Baa3, juste au dessus du grade Ba1, considéré comme une obligation souveraine à valeur spéculative. Cette dégradation de la note, additionné aux tensions houleuses entre l’Italie et Bruxelles a entrainé le 23 octobre dernier, un évènement inédit, et ce, malgré le courrier du ministre italien des finances Giovanni Tria adressé à la Commission européenne expliquant l’obligation de l’Italie d’augmenter son budget : l’Italie s’est vu son budget être invalidé par la commission européenne qui demande à l’état de réduire sa dépense publique, ce qui n’était jamais arrivé auparavant.

La France et la planche à billet

Parallèlement en France, des courants sceptiques au capitalisme financier évoquent également une suppression de la dette française (par le biais du rachat de ces dettes par la Banque Centrale Européenne), à l’image du mouvement la France insoumise, dirigé par Jean-Luc Mélenchon. Le motif serait de donner la possibilité à la France de pouvoir augmenter ses dépenses publiques, notamment pour les classes moyennes et populaires pour qui les aides de l’État sont nécessaires. Dans ce cas, la BCE n’aura pas d’autres choix que de racheter ces titres « en faisant tourner la planche à billets », c’est à dire en créant directement de la monnaie. Les banques centrales des États pourraient alors avoir recours à des politiques d’augmentation de la masse monétaire qui permettraient d’injecter des liquidités dans les circuits économiques et financiers, afin de rembourser les dettes des États et d’apporter un dynamisme économique. L’idée consiste donc à créer de la monnaie à partir de rien, pour assurer notamment le rachat des titres par la BCE. Par ce biais, l’État serait parfaitement en mesure de remplir une de ses principales mesures, la réduction des inégalités socio-économiques. Cependant, cette politique entraine une perte de la rareté et par conséquent de la valeur de la monnaie, puisque la masse monétaire disponible est artificiellement gonflée, ce qui entraine le phénomène d’inflation. Une inflation forte pourrait se transformer en hyperinflation incontrôlable qui terrasseraient les économies de la zone euro. Le reste du monde verrait alors d’un mauvais œil cette hyperinflation, comme c’est actuellement le cas avec le Vénézuela. Ainsi, cette inflation qui pourrait devenir incontrôlable dans la zone euro engendrerait un pessimisme des agents économiques internationaux (telles que la Chine ou les États-Unis, ainsi que leurs entreprises). L’hyperinflation suite à la création monétaire entrainerait une récession économique généralisée dans la zone euro.

La solution : la réduction !

Certains économistes et courants politiques préfèrent opter pour un remboursement de la dette publique par la réduction drastique de la dépense publique de l’État et, par conséquent, mettent en place des politiques d’austérité. Cette solution, soutenue notamment par les gouvernement de droite, a pour objectif de limiter l’augmentation des déficits (la somme des déficits constitue la dette publique) et de l’inflation (hausse durable et générale des prix) qui entraine l’instabilité économique. Mais cette politique présente des inconvénients. En effet, la réduction des dépenses publiques a pour conséquence un délaissement des couches de la population les plus démunies, la précarité augmente, la consommation diminue. La production des entreprises sera plus importante que la demande qui elle aura diminué. Cela crée un déséquilibre entre l’offre et la demande, les entreprises éprouvent des difficultés à écouler leurs stocks, ce qui perturbe et freine l’économie dans son ensemble.
Les entreprises se montrent alors plus pessimistes au sujet de la demande effective (demande à prévoir), produisent moins, et essaye de casser leurs prix pour écouler leurs stocks restants. Les ménages, toujours soumis à la politique d’austérité (sceptique à la création monétaire), ne voient pas leur pouvoir d’achat augmenter. La demande n’évoluera donc pas de manière positive, celle-ci aura même tendance à diminuer, puisque beaucoup de ménages impactés attendent que les entreprises baissent leurs prix de manière plus importante afin d’optimiser leur pouvoir d’achat. Ainsi, ce mécanisme peut entrainer une baisse générale des prix, c’est-à-dire de la déflation.
Même si cela reste un cas relativement à part, un manque de création monétaire ainsi que d’outils visant à dynamiser l’économie peut également entrainer des effets néfastes. Afin de ne pas déstabiliser les compartiments de l’économie (la production, la consommation et la répartition des richesses), il faut alors trouver un équilibre, un compromis entre une politique keynésienne (consistant à créer de manière massive de la monnaie afin de relancer l’économie et qui permet par la même occasion une réduction de la dette publique) et une politique monétariste (selon Milton Friedman, la banque centrale doit réguler la masse monétaire dans le circuit économique afin d’éviter une inflation) qui entrainerait un frein pour la croissance économique en Europe.

L’endettement souverain et sa viabilité représente ainsi aujourd’hui une véritable interrogation pour les économistes et les dirigeants d’États qui tentent, tant bien que mal, de trouver le bon équilibre entre ces différentes possibilités.


Banque centrale européenne, Cour des comptes européenne, Économie, Institutions de l'Union européenne, UE & Institutions européennes,
Rédacteur. Élève de l'Institution Sainte-Marie d'Antony.
Intérêts : actualités politique et économique, sports, histoire.
Pays d'affection : France, Belgique, Allemagne, Italie, Espagne.

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