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9 novembre 2019

Dérèglement climatique : Greta Thunberg échauffe les esprits

C’est sans doute l’adolescente la plus médiatisée de la planète, cette planète qui va mal et qu’elle veut sauver : Greta Ernman Thunberg, bientôt 17 ans, ex-lycéenne et figure omniprésente de la lutte contre le réchauffement climatique. Qu’on l’admire ou qu’on la déteste, ses actions ne laissent personne indifférent. Retour sur la vie et le parcours d’une adolescente pas comme les autres…

Née le 3 janvier 2003 à Stockholm, fille d’un acteur (Svante Thunberg) et d’une chanteuse d’opéra (Malena Ernman), la petite Greta manifeste dès ses neuf ans (selon ses propres dires…) un vif intérêt pour le changement climatique, ne comprenant pas la passivité des adultes devant des signes – déjà – alarmants. Elle affirmera, quelques années plus tard : « Il était absolument impossible que quelque chose d’aussi grave menace notre existence même. Parce que sinon, nous ne parlerions de rien d’autre. Pourtant, nos dirigeants n’en ont jamais parlé ». En 2014, suite à un long épisode de dépression, elle est diagnostiquée comme souffrant – entre autres – du syndrome d’Asperger. Bien qu’admettant que ces différents troubles l’aient « auparavant limitée », elle les considère désormais comme des « super pouvoirs », déclarant, lors d’un Ted Talk en novembre 2018 : « J’ai été diagnostiquée du syndrome d’Asperger, d’un trouble obsessionnel compulsif, et de mutisme sélectif. Cela signifie que je parle seulement quand je pense cela nécessaire. Et l’un de ces moments est maintenant arrivé ». Dès lors, Greta décide d’agir. Elle commence avec son entourage et tente de convaincre ses proches (et surtout sa mère, chanteuse à la carrière internationale) de ne plus voyager en avion, d’installer des panneaux solaires chez eux et d’arrêter de consommer de la viande. Pari réussi. Greta est désormais consciente de son pouvoir d’action : puisque personne ne semble vouloir agir pour la planète, elle va le faire. Envers et contre tous.

Greta Thunberg en 2019

En mai 2018, elle remporte le concours d’articles sur le climat organisé par le quotidien Svenska Dagbladet. Première victoire, première pierre de son combat. Elle rencontre un jeune militant écologiste, Bo Thoréen, et organise les premières « grèves scolaires pour le climat » (en suédois « Skolstrejk för klimatet »). Le 20 août 2018, c’est une Greta déterminée qui s’assoit sur les marches du Riksdag (Parlement suédois), annonçant sa ferme attention de ne plus mettre les pieds à l’école avant le 9 septembre suivant, date des élections législatives suédoises. Elle déclare, catégorique : « En tant qu’étudiante, une des façons de faire pression pour obtenir des changements urgents consiste à faire la grève de l’école. À partir de maintenant, je siègerai devant le Parlement suédois jusqu’à ce que mon pays respecte l’accord de Paris ». Car le gouvernement, selon elle, ne fait rien pour réduire ses émissions de carbone. Malgré son image de pays du Nord écologique, la Suède pollue presque autant que ses voisins internationaux. Et Greta ne se gêne pas pour le rappeler : « La Suède n’est pas un modèle. La population suédoise émet chaque année 11 tonnes de CO2 par habitant. Nous sommes le 8e pays le plus pollueur du monde selon WWF ». Voilà qui est dit. Munie de son panneau « Skolstrejk för klimatet », Greta fait la grève, tous les jours jusqu’au 9 septembre puis tous les vendredis, attirant chaque semaine un peu plus de regards curieux, intrigués par cette toute jeune fille de 15 ans. Elle n’hésite pas non plus à parler franchement, comme le prouvent ces tracts déclarant : « Je le fais parce que vous, les adultes, vous ch*** sur mon avenir ». Certains feraient déjà remarquer le ton individualiste de la remarque, mais il est encore tôt, Greta commence juste…

Ce qui ne traîne pas, en revanche, c’est la réaction des jeunes du monde entier. Ils s’identifient au mouvement, qui prend de l’ampleur : les grèves d’étudiants se multiplient. Dans plus de 270 villes réparties entre autres au Canada, au Japon, aux Pays-Bas, aux États-Unis, en Allemagne et en Australie, 20 000 jeunes manifestent. Une pluie de hashatgs inonde les réseaux sociaux, notamment Twitter : #klimatstrejka et #FridaysforFuture, entre autres. À l’heure actuelle, 7,7 millions de personnes suivent Greta Thunberg sur Instagram. En octobre 2018, Greta déploie ses ailes et commence à voyager à travers l’Europe (sans prendre l’avion bien sûr). Elle participe à la manifestation Rise for Climate devant le Parlement européen à Bruxelles.

Greta Thunberg manifestant devant le Parlement suédois

Le message est clair : le monde entier doit agir, certes, mais c’est l’Union européenne qui est en pouvoir de changer le cours des choses. Le 4 décembre, elle prononce son premier « grand » discours, lors de la COP24 (sommet des Nations unies sur les changements climatiques) à Katowice, Pologne. À la tribune, devant les chefs d’État du monde entier, Greta tire la sonnette d’alarme : « Ce que nous espérons atteindre par cette conférence est de comprendre que nous sommes en face d’une menace existentielle. Ceci est la crise la plus grave que l’humanité ait jamais subie ». Dix jours plus tard, elle conclut, d’un ton calme mais ferme : « Si les solutions au sein du système sont impossibles à trouver, nous devrions peut-être changer le système lui-même ». Les climato-sceptiques n’ont qu’à bien se tenir.

2019 : nouvelle année, nouvelle étape dans le combat qui n’est désormais plus seulement le sien, mais celui des jeunes du monde entier. En janvier, Greta, toujours dans l’urgence, arrive au Forum économique mondial de Davos (Suisse) après un voyage de 32 heures en train. Très vite, elle s’insurge : comment est-il possible que la grande majorité des participants à ce forum soient-ils venus en jet privé, eux qui prétendent militer pour l’écologie ? Indignation jusqu’ici légitime. Mais le 25 janvier, le colonel Thunberg délivre un discours bien plus autoritaire : « Les adultes répètent sans cesse qu’ils ont une dette envers les jeunes, qu’il faut leur donner de l’espoir. Mais je ne veux pas de votre espoir. Je ne veux pas que vous soyez plein d’espoir. Je veux que vous paniquiez. […] Et je veux que vous agissiez ». Discours simple mais puissant, diront les uns, insupportable sermon vaniteux et exalté, diront les autres… Dès lors, Greta déchaîne les passions : c’est « l’effet Greta Thunberg ».

En mars, elle est élue « Suédoise de l’année » et, dans la foulée, nominée pour le prix Nobel de la paix. Le 15 du même mois a lieu une importante mobilisation internationale, réunissant plusieurs milliers de jeunes (dont 195 000 en France et 300 000 en Allemagne). En avril, à l’occasion de la journée mondiale de la sensibilisation à l’autisme, Greta s’exprime sur ce trouble, ce « super-pouvoir » : « Sans mon diagnostic, je n’aurais jamais commencé la grève de l’école pour le climat. Parce que j’aurais été comme tout le monde […] ». Elle rencontre le Pape François, prend la parole devant le parlement britannique, et le 23 juillet, devant l’Assemblée nationale. Durant son intervention, largement contestée, elle remet en cause les journalistes, les politiques, les chefs d’entreprise, en s’appuyant notamment sur le rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur les émissions de CO2 : «  402 giga tonnes de CO2, c’est tout ce qu’il nous restait, au 1er janvier 2018, à émettre, pour avoir 37 % de chances d’atteindre l’objectif de 1,5°C d’augmentation de température mondiale ». Devant des députés divisés, elle ironise : « Est-ce qu’il existe un autre GIEC ? Est-ce qu’il y a un accord de Paris secret que nous ne connaîtrions pas ? ». L’événement déclenche rapidement une pluie de critiques, plus ou moins virulentes, notamment sur Twitter. Le porte parole du RN Sébastien Chenu déclare ainsi : « Quelle est la légitimité démocratique de cette demoiselle ? » L’élu du Vaucluse Julien Aubert se veut plus percutant : « Je respecte la liberté de penser… mais ne comptez pas sur moi pour applaudir une prophétesse en culottes courtes ». Quant à Guillaume Larrivé, élu de l’Yonne, il va jusqu’à lancer un appel au boycott, affirmant : « Pour lutter intelligemment contre le réchauffement climatique, nous n’avons pas besoin de gourous apocalyptiques, mais de progrès scientifique et de courage politique ». Et ces attaques n’émanent pas que du cercle politique, loin de là. Le philosophe et auteur Pascal Bruckner considère Greta comme « une icône d’un écologisme naïf », figure de proue de « la dangereuse propagande de l’infantilisme climatique ». Quant à Michel Onfray, il opte pour la solution la plus simple : une attaque à peine déguisée sur l’autisme de la jeune fille, sous couvert d’un ton apocalyptique : « Cette jeune fille arbore un visage de cyborg qui ignore l’émotion – ni sourire ni rire, ni étonnement ni stupéfaction, ni peine ni joie. Elle fait songer à ces poupées en silicone qui annoncent la fin de l’humain et l’avènement du post humain. Elle a le visage, l’âge, le sexe et le corps d’un cyborg du troisième millénaire : son enveloppe est neutre ». Pas chic. Mais face à ceux qui lui conseillent de se taire et de retourner à l’école, elle réplique : « Je suis trop jeune pour faire ça. Nous, les enfants, on ne devrait pas avoir à faire ça ». C’est donc toujours le même refrain : puisque les grandes personnes sont des incapables, il faut sacrifier son enfance et porter, à contrecœur, ce fardeau de plus en plus lourd. Greta s’en excuserait presque.

Ce flot de critiques, néanmoins contre-balancé par les éloges des admirateurs, n’a fait que s’intensifier depuis l’été 2019. En août, Greta est invitée par Antonio Guterres (secrétaire général des Nations unies) au sommet de l’ONU pour le climat le 23 septembre.

Greta Thunberg à bord du Malizia II

Il est évidemment hors de question de prendre l’avion. Greta annonce donc qu’elle traversera l’Atlantique en voilier. Mais par n’importe lequel : le Malizia II, voilier zéro carbone appartenant à la famille princière monégasque (Pierre Casiraghi fait d’ailleurs partie de l’équipage). L’occasion rêvée pour ses détracteurs de prouver que Greta n’agit pas en accord avec ses paroles. Car le Malizia II, aussi écologique soit-il, est hors de prix : à la pointe de la technologie, équipé de puissants panneaux solaires et d’hydrogénérateurs fournissant l’électricité aux instruments du navire, il vaut plusieurs millions d’euros. Une incohérence qui a bien sûr été pointée du doigt : d’un côté, Greta accuse les sociétés occidentales où l’argent est roi, et de l’autre, elle prône une excellence écologique qui ne peut être atteinte que grâce à des investissements financiers colossaux. Avertie de ces accusations, la jeune fille s’est une nouvelle fois défendue : « L’équipe Malizia a bien sûr des sponsors. Mais pour ce voyage avec moi à New York, il n’y a aucun sponsor commercial. Tous leur logos ont été enlevés. » Elle ajoute, catégorique : « Il n’est pas question d’argent ». Difficile à croire.

Mais là n’est pas le plus grave : d’après le quotidien allemand Die Tageszeitung, cette traversée en voilier aurait été finalement bien plus polluante que si Greta et son père avait pris deux allers simples en avion. Car si le voyage jusqu’à New York a été exemplaire (seul un petit réchaud à gaz utilisait de l’énergie fossile…), cinq membres de l’équipage ont néanmoins rejoint les États-Unis en avion, afin de ramener le Malizia en Europe. Quant au skippeur allemand Boris Herrmann, qui accompagnait Greta à bord du voilier, il est lui aussi rentré en avion…

Donald Trump, Vladimir Poutine et Emmanuel Macron ont eux aussi critiqué Greta. Fidèle à lui-même, le président américain (que le réchauffement climatique n’émeut pas outre mesure…) a déclaré : « Elle a l’air d’être une jeune fille très heureuse qui attend avec impatience un brillant et merveilleux avenir. Ça fait plaisir à voir ! ». Poutine la qualifie de « gentille fille très sincère », tandis que Macron évoque des « positions très radicales […] de nature à antagoniser nos sociétés ».

« How dare you ? » discours du 23 septembre 2019     devant l’ONU

Son discours du 23 septembre a provoqué un véritable tollé : Greta, les larmes aux yeux, agresse littéralement les adultes, présents comme absents, avec un « How dare you ? » (« Comment osez-vous ? ») particulièrement véhément. De moins en moins crédible, elle poursuit : « Je ne devrais pas être là, je devrais être à l’école, de l’autre côté de l’océan. […] Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos parole creuses ». Son émotion, au début de son combat, était réelle. Elle semble désormais forcée, voire feinte. Greta Thunberg serait-elle une marionnette, un simple pion sur l’échiquier politique international ? Certains indices le laissent à penser. Pour de nombreuses personnes, Greta serait manipulée par son propre entourage : ses actions feraient gagner de l’argent à ses parents, assurant ainsi à la famille Thunberg de faire sa publicité. Ses proches utiliseraient également son autisme, le présentant comme « un titre de noblesse » déclare une nouvelle fois Pascal Bruckner. L’entrepreneur Laurent Alexandre considère, quant à lui, que le syndrome d’Asperger dont souffre la jeune fille est devenu leur principal argument : « En révélant qu’elle est atteinte d’un autisme Asperger, ses parents en ont fait un bouclier humain inattaquable ». Greta a fermement nié toutes ces déclarations, sans surprise. Quid des lobbys verts ? Selon la députée LR Valérie Boyer, ce sont eux qui tirent les ficelles : « Elle est instrumentalisée par les ayatollahs écolo-catastrophiques qui veulent imposer aux jeunes une réduction massive de leurs libertés ». Alors, militante réellement engagée ou marionnette à tresses ? Entre ses supporters, louant son intelligence et son courage, et ses détracteurs, ne ratant pas une occasion de la critiquer, difficile de savoir qui est vraiment Greta Thunberg. L’avenir le dira peut être bientôt. En attendant, le roseau plie mais ne rompt pas.

Sources
https://www.capital.fr/economie-politique/le-bateau-ecolo-mais-hors-de-prix-de-greta-thunberg-pour-rejoindre-lamerique-1346564
https://www.contrepoints.org/2019/07/31/350233-greta-thunberg-itineraire-dune-enfant-gatee
https://www.europe1.fr/international/un-mannequin-a-leffigie-de-greta-thunberg-pendu-sous-un-pont-de-rome-3924072
https://factuel.afp.com/la-traversee-de-greta-thunberg-en-voilier-emet-elle-plus-de-co2-que-si-elle-prenait-lavion
https://www.francetvinfo.fr/monde/environnement/greta-thunberg/trop-jeune-manipulee-payee-nous-avons-passe-au-crible-les-critiques-faites-a-greta-thunberg_3541123.html
https://www.lefigaro.fr/vox/societe/pascal-bruckner-greta-thunberg-ou-la-dangereuse-propagande-de-l-infantilisme-climatique-20190409
https://www.lemonde.fr/climat/video/2019/09/23/vous-avez-vole-mes-reves-et-mon-enfance-le-discours-de-greta-thunberg-a-l-onu_6012739_1652612.html
http://www.leparisien.fr/societe/greta-thunberg-se-rend-a-new-york-dans-un-bateau-tres-ecolo-mais-tres-cher-01-08-2019-8127084.php
https://www.lexpress.fr/actualite/politique/greta-thunberg-a-l-assemblee-pourquoi-tant-de-haine_2091060.html
https://perma.cc/47LT-ECNW


Environnement & DD, Europe du Nord et pays Baltes, Politique, Société, Suède,
Justine Constantin
Responsable Europe du Nord et pays baltes.
Élève de l'Institution Sainte-Marie.

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