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21 novembre 2018

« L’Adieu aux armes » d’Ernest Hemingway (1929), l’amour pendant la guerre

Ernest Hemingway (1899-1961) est un des plus grands romanciers américains. Né près de Chicago, il devient reporter pour Kansas City après le lycée puis s’engage dans le front italien durant la Première Guerre mondiale où il sera gravement blessé à la jambe.

Un célébrissime écrivain

Après la guerre, il devient correspondant au Toronto Star au Moyen-Orient puis s’installe à Paris pour devenir écrivain. Il publie alors Le soleil se lève aussi (1926) qui lui donne une certaine notoriété puis L’Adieu aux armes (1929), confirmant son appartenance à la Génération perdue qui inclut notamment Francis Scott Fitzgerald, William Faulkner et John Steinbeck.

Il part alors comme correspondant de guerre dans l’armée républicaine en Espagne en 1936 au début de la guerre civile. Cela lui inspirera Pour qui sonne le glas (1940), qui ne fera que confirmer son succès.

Durant la Seconde Guerre mondiale, il redevient correspondant de guerre à Paris et participe au débarquement. Il reçoit le Prix Nobel de littérature en 1954, un an après la publication du Vieil Homme et la Mer.

Touché par le diabète, l’hypertension et la cirrhose, il est également atteint d’un trouble bipolaire depuis longtemps, ce qui l’affaiblit considérablement mentalement et physiquement. Après plusieurs hospitalisations, il décide de se suicider avec son fusil de chasse en juillet 1961.

La blessure humaine

Frederic Henry est un jeune officier américain qui s’engage volontairement dans l’armée italienne pendant la Première Guerre mondiale sur le front Nord contre les Autrichiens. Dans son régiment, il rencontre une infirmière écossaise Catherine Berkley avec qui il entame une liaison. Lors d’une expédition à Gorizia, il est gravement blessé à la jambe et est hospitalisé à Milan où il retrouve Catherine qui tombe rapidement enceinte.

Dans ce court livre de 41 chapitres, Hemingway allie deux notions pourtant opposées : la guerre et l’amour. La guerre est marquée par son absurdité, sa longueur et son statuquo qui sacrifie des hommes sans aucun but. Hemingway trace de plates descriptions des expéditions militaires du personnage par des phrases courtes et laconiques. En revenant vers le front, après une retraite qui finit mal, il fuit un interrogatoire en se jetant dans une rivière. C’est « l’adieu aux armes », la fuite de la guerre, de ce monde cruel et insignifiant.

« Deux carabiniers conduisirent le lieutenant-colonel sur le bord du fleuve. Il s’éloigna sous la pluie, vieillard nu-tête, escorté de deux carabiniers. Je ne le vis pas fusiller, mais j’entendis les détonations. Ils en interrogeaient un autre. C’était également un officier qui s’était trouvé séparé de ses troupes. On ne lui permit même pas de s’expliquer. Il se mit à pleurer à la lecture de l’arrêt écrit sur le bloc-notes. Quand on le fusilla, ils en interrogeaient déjà un autre.  »

Cet amour qui s’intensifie au cours du récit semble représenter une perspective de bonheur à ce désastre. En fuyant la guerre pour rejoindre Catherine, Frederic cherche à sortir hors de l’eau qui le noie pour tenter de trouver de la joie. Mais malgré la solidité de cet amour, l’auteur met en place une ambiance tendue qui ne présage rien de bon : aucune échappatoire n’est possible, Frederic comme tous les hommes sont condamnés à rester enfermés dans un cercle infernal de la vacuité de l’existence.

« – Qu’est-ce qu’il y a, chéri ?
– Je ne sais pas.
– Moi, je sais. Tu n’as rien à faire ; tu n’as que moi et je te laisse seul.
– C’est vrai.
– Je regrette, chéri. Je sais, ça doit être une horrible impression de sentir le vide tout d’un coup.
– Ma vie avait toujours été si remplie, dis-je. Et maintenant quand tu n’es pas avec moi, je n’ai plus rien au monde. »

Le style d’Hemingway peut déconcerter par sa froideur et le manque d’expression des sentiments. En réalité, il cherche justement à marquer le lecteur par cette plume qui dénonce l’imposture de la condition humaine : la guerre, les blessures physiques et mentales et même l’amour engendrent forcément de la souffrance. Ce pessimisme cru dans l’écriture et la description des objets rappellent déjà le mouvement de l’absurde qui naîtra pendant la Seconde Guerre mondiale.

Hemingway est un écrivain qui s’inspire de faits réellement vécus. C’est à l’âge de 18 ans qu’il s’engage dans la Croix-Rouge italienne en tant qu’ambulancier. Il sera blessé à la jambe puis soigné à l’hôpital de Milan pendant trois mois par l’infirmière américaine Agnes von Kurowsky.


Arts & Culture, Histoire, Italie,
Rédactrice. Alumnus Sainte-Marie d'Antony. Étudiante en Lettres modernes à l'Université de Lille.
Intérêts : littérature, cinéma, art, culture, lutte des classes, féminisme, religions, écologie.
Pays d'affection : Royaume-Uni, Espagne, Italie, Allemagne.

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