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15 mars 2019

Grèves pour le climat : une mobilisation européenne [tribune]

Manifestation du 22 février à Paris (Photo Audrey Garric)

Remarquée pour son discours lors de la COP24 dans lequel elle déclarait : « Si quelques enfants peuvent faire les gros titres de journaux du monde entier simplement en n’allant pas à l’école, imaginez ce que nous pourrions faire ensembles si on le voulait vraiment », Greta Thunberg est devenue une figure emblématique de l’action de la jeunesse pour le climat. L’heure est venue de montrer que la lutte contre le changement climatique doit devenir la priorité des gouvernements et que lycéens, étudiants, enseignants et chercheurs seront dans la rue, tous les vendredis, pour le leur rappeler.

En janvier, lors du forum de Davos (Forum économique mondial) qui réunit dirigeants politiques et chefs de grandes entreprises, la lycéenne suédoise Greta Thunberg a appelé à la tenue d’une « Grève mondiale pour le futur » le 15 mars prochain. Cet appel a alors été relayé dans les médias mais surtout sur les réseaux sociaux, où les jeunes ont pris l’habitude de s’organiser. Cette grève devrait marquer un tournant dans l’histoire de la lutte climatique.

En attendant, son initiative de grève pour le climat se développe dans plusieurs pays européens. En effet, depuis le mois d’août, Greta Thunberg fait grève tous les vendredis et part manifester devant le parlement suédois. Depuis janvier, son action est reprise dans les pays européens. Le plus fervent d’entre eux est la Belgique, dont le nombre de manifestants atteignait 70 000, le 22 mars dernier à Bruxelles. En France, la mobilisation est encore confidentielle n’ayant débuté que le mois dernier. Lors de la première mobilisation, ils n’étaient ainsi que 200 à manifester devant le ministère de la Transition écologique. Dans le but de donner plus d’ampleur à la mobilisation, Greta Thunberg a été invitée à la manifestation du 22 février à Paris, invitation à laquelle elle a répondu positivement.

Le mouvement ne compte pas s’arrêter de sitôt. Romaric Thurel, l’un des portes paroles du mouvement, a déclaré : « Préparez-vous à un printemps climatique et social », car les grèves du vendredi perdureront tant que les engagements climatiques du gouvernement seront jugés trop faibles. Cette convergence des luttes est une lueur d’espoir pour un futur où l’urgence climatique sera enfin traitée, mais aussi pour un futur où les Européens se retrouveront sur des préoccupations communes et agiront ensembles, contredisant ainsi l’euroscepticisme.

Greta Thunberg place de la République, accompagnée des Belges Anuna de Wever et Kyra Gantois (Photo Audrey Garric)

Suite à la manifestation, Greta Thunberg était invitée à l’Élysée pour rencontrer le président Macron. Ce-denier lui a alors demander son soutien afin d’entraîner une mobilisation mondiale. Le soir même, François de Rugy, ministre de l’écologie, déclarait sur BFMTV : « Les jeunes ont raison, on n’en fait jamais assez ». La secrétaire d’État Brune Poirson a également dit aux manifestants devant le ministère de la Transition écologique : « Derrière ces portes, vous n’avez pas des adversaires, mais des alliés. Je suis d’accord avec beaucoup de vos revendications ». On peut alors s’interroger sur ce qui retient ces hommes et ces femmes politiques. À croire que le pouvoir n’est pas entre leurs mains, que les décisions qui nous mènent vers le chaos ne sont pas prises par eux. Cette récupération politique est emblématique de l’action climatique menée par le gouvernement depuis son investiture : supporter, mais ne surtout pas agir. Se donner une image de grand acteur contre le changement climatique, sans pour autant faire quelque chose pour changer la donne. Il serait peut-être temps d’arrêter l’hypocrisie.

Si les militants sont tout à fait conscients que leur action a peu de chances d’avoir de l’influence sur les dirigeants politiques, cette-dernière n’est pas vaine pour autant. En effet, il s’agit ici principalement d’imposer la lutte climatique dans le débat publique, en faisant la une des journaux et en en faisant un enjeu majeur des prochaines élections européennes, qui auront lieu le 26 mai prochain. Au-delà de cet objectif, il s’agit également de démontrer que les initiatives individuelles peuvent avoir une influence. En effet, nombreux sont ceux qui considèrent qu’il est vain d’agir face à la puissance des multinationales et qui se cachent derrière cet argument pour continuer à mener une vie tranquille, sans s’engager ou simplement  changer un tant soit peu leur comportement.

Manifestation du 22 février à Paris (Photo Audrey Garric)

Pourtant, le pouvoir du consommateur est immense : diminuer voir arrêter de manger de la viande entraînera forcément une diminution de l’élevage d’animaux, réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre, la déforestation, la pollution des eaux potables ; ne plus prendre l’avion et le nombre de décollages baissera, réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre ; consommer des fruits et légumes issus de l’agriculture biologique, et les grandes industries de pesticides feront faillites, réduisant les cas de maladies, et la perte de biodiversité qu’elles ont engendrés. Le changement de paradigme nécessaire pour la lutte climatique ne semble pouvoir venir que de ce genre d’initiatives, de citoyens ordinaires ou de futurs citoyens, conscient de l’urgence.

C’est ainsi que le slogan « Changeons le système, pas le climat » est devenu l’un des plus populaires. Les jeunes semblent comprendre que perpétuer ce système qui prône croissance et consommation de masse ne peut conduire qu’à une destruction de l’environnement.

Ces mobilisations montrent donc qu’un nombre croissant d’élèves sont sensibles au sujet de la crise environnementale. Cependant, on observe aussi une radicalisation nouvelle face à l’échec constant des institutions pour résoudre cette crise. Cette radicalisation est vue comme une menace pour le gouvernement français, qui se montre donc ouvert et enthousiaste face à cette prise de conscience citoyenne.

« Acts, not facts! » clamaient les suffragettes il y a un siècle. Des données factuelles sur les conséquences du changement climatique, il en existe des milliers, toutes aussi catastrophiques les unes que les autres. Il est désormais temps d’agir. Et il ne fait aucun doute que, tout comme les suffragettes, la détermination est là. Car si ces grèves pour le climat sont porteuses de quelque chose, c’est bien d’espoir. D’espoir grâce à l’arrivée d’une génération prête à prendre les mesures nécessaires face au défi qui est déjà à notre porte. Comme l’a déclaré Greta Thunberg, « Change is coming, whether you like it or not ».

Photos parues avec l’aimable autorisation d’Audrey Garric, journaliste au service « Planète » du Monde.


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Rédactrice. Alumnus Sainte-Marie d'Antony. Étudiante à Sciences Po Lille.
Intérêts : littérature, écologie, féminisme, éducation, histoire, culture, sciences politiques.
Pays d'affection : Pays-Bas, Islande, Norvège, Suède, Danemark, Espagne.

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