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7 février 2019

La fin de l’Empire ottoman : conséquences de la guerre (4/4)

Après la guerre, l’ancien Empire ottoman est divisé et les nouveaux États se forment et s’opposent au gré des décisions prises par le Royaume-Uni, la France et les pays européens.

D’un côté, les Britanniques oublient leur accord avec Fayçal de reconnaître son royaume basé à Damas, à cause des accords Sykes-Picot. Le Royaume-Uni s’arroge le sud du Moyen-Orient avec la Mésopotamie où elle dispose de concessions pétrolières, et au Nord, la France revendique la Syrie où elle protège, depuis des siècles, les chrétiens maronites du Liban. Les Français occupent donc le territoire qui aurait dû revenir à Fayçal. Il essaiera par la suite de prendre le pouvoir mais se fera exiler le 28 juillet 1920, quatre jours après son ultime attaque sur Messaloun près de Damas.

Le monde arabe a du mal à se réconcilier sur des frontières qui lui ont été imposées. Dans les nouveaux États, les peuples se divisent en raison de leur confession, de leur ethnie, créant des tensions multiples au Proche et au Moyen-Orient, encore palpables aujourd’hui.

Proclamation de l’État du Grand Liban le 1er septembre 1920.

C’est le cas au Liban auquel la France laisse son indépendance en 1920, mais pour que le pays soit stable au niveau de ses ressources. Des territoires vont être ajoutés, des villes côtières et des plaines fertiles. Le Mont-Liban qui était alors majoritairement chrétien, en devenant le Grand Liban intègre ces territoires, et les musulmans sont désormais à égalité avec les chrétiens. Cela va créer de lourdes tensions dans les deux camps et continue d’être une source de conflits.

Le Moyen-Orient est surtout marqué par les divisions imposées par les Britanniques qui crée une réelle frontière entre les peuples qui s’accordaient alors pour vivre et coexister. Le cas le plus marquant est celui de la Palestine qui est totalement isolé par le Royaume-Uni. Ils veulent d’ailleurs y créer un nouveau foyer pour les juifs européens persécutés. Ces derniers vont apporter leur propre culture et vont avoir du mal à s’intégrer mais sans réels conflits apparents. Les Britanniques ont alors apporté de nouvelles divisions en stigmatisant certaines confessions, en précisant par exemple les obédiences des uns et des autres sur les papiers d’identité. À Jérusalem, où les quartiers n’étaient pas encore divisés par les religions, il n’y avait pas de conflits. Mais en 1920 avec ces séparations, auxquelles s’ajoute une importante immigration juive, conséquence des pogroms en Europe de l’est, les musulmans vont se révolter contre la présence juive. Nationalismes palestinien et juif vont désormais s’opposer. Religion et nation sont désormais de plus en plus imbriquées.

Mustafa Kemal Atatürk
(1881-1938)

À l’issue de la Grande Guerre, l’ouest de l’Empire ottoman est convoité par la Grèce. La future Turquie est sauvée de l’éclatement par un général, Mustafa Kémal. En effet, il se révolte contre le sultan en 1919 avec le mouvement des Jeunes-Turcs. Il réussit à réunir un Congrès national cette même année. Dès lors, deux groupes s’opposent, le Sultan et ses partisans à Istanbul et les nationalistes à Ankara. En 1920 est signé le traité de Sèvres qui démembre le territoire restant de l’Empire ottoman.

Mustafa Kémal et tous les nationalistes se rebellent, abolissent le sultanat en 1922. Les Turcs arrivent à repousser les pays européens et surtout les Grecs. Les Alliés sont contraints de signer un nouveau traité à Lausanne en 1923 qui met fin à la guerre entre les Alliés et Mustapha Kemal, et qui pose les bases de la république turque moderne. Les frontières définitives sont reconnues, les Arméniens sont chassés et la minorité grecque de Turquie est échangée avec la minorité turque de Grèce en 1924. Mustafa Kémal, désormais appelé Atatürk, Père des Turcs, est le premier président de la république turque, dont il fera une structure modernisée et laïque sur le modèle des pays occidentaux. En effet, la doctrine de Woodrow Wilson, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes rend favorable l’apparition d’un État-Nation.

La Grande Guerre devait signer la fin des divisions des peuples, mais elle a développé de nouvelles séparations à travers la répartition des différents États ottomans, dont les conséquences se ressentent encore dans de multiples conflits.

 

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Grèce, Histoire, Turquie,

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