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31 janvier 2019

La fin de l’Empire ottoman : contexte d’avant-guerre (1/4)

L’Empire ottoman, immense, a occupé jusqu’au quart de la superficie de l’Europe. À son apogée, au XVIIe siècle, il s’étend sur trois continents, et procède d’un équilibre complexe entre les trois grandes religions monothéistes. Cette coexistence est marquée par un ordre social inégalitaire, dominé par les musulmans. Les non-musulmans, s’ils ont la liberté de culte, doivent toutefois respecter des lois spécifiques, qui leur interdisent le port d’armes, et les soumettent à un impôt. Chrétiens orthodoxes, catholiques arméniens et juifs sont répartis dans des millets, communautés religieuses disposant d’un clergé, qui leur permet de vivre côte à côte, en déterminant les individus par leur religion. Ce système peine toutefois à s’adapter à la politique. 

Ainsi, en 1821, les Grecs se révoltent, dans une première guerre d’indépendance. Ils revendiquent une identité nationale fondée sur la religion chrétienne orthodoxe et sur la civilisation grecque antique, mais aussi par une langue et une éducation partagées par une élite. La nation grecque aspirant à un État indépendant est soutenue par la France, le Royaume-Uni et la Russie, qui, sous le prétexte de soutenir un peuple chrétien opprimé, espèrent ébranler la stabilité de l’empire par le réveil des minorités. En 1829,  est négociée par les puissances occidentales face à l’Empire ottoman, marquant alors la perte d’un territoire insignifiant en apparence, mais important symboliquement.

Abdülhamid II (1876-1909)

C’est le début d’une vague de revendications indépendantistes. La Russie encourage tout d’abord les Slaves de Serbie et de Roumanie à se révolter. Ils deviennent alors des vassaux en marche vers l’autonomie. Cela pousse le sultan Abdülmécid à mettre fin à l’inégalité entre les citoyens et à l’État de droit musulman. Il est pourtant trop tard pour empêcher les révoltes des Serbes en 1875, qui entraîne tout l’Orient dans la crise. Le nouveau sultan, Abdülhamid II, réalise un rêve libéral, celui d’une constitution égalitaire, c’est l’ère du Tanzimat. Un an plus tard, en 1877, l’Empire ottoman perd une guerre contre la Russie en quelques semaines à peine. La Russie, alors rejointe par la France, le Royaume-Uni et l’Autriche-Hongrie, veut démanteler l’Empire. La Russie s’approprie le Caucase, et obtient la création d’un nouvel État chrétien, la Bulgarie, officiellement vassale de l’Empire, mais en réalité sous tutelle russe. De plus, la Roumanie, la Serbie et le Monténégro obtiennent leur indépendance, tandis que la Bosnie-Herzégovine est occupée par l’Autriche-Hongrie. L’Empire ottoman perd près de 200 000 km² de territoires, et des millions d’Ottomans perdent leur foyer. Après cette humiliation, le sultan suspend la constitution et règne en despote, sans toutefois renoncer à sauver la partie orientale de l’empire. Il veut apporter à l’Orient ce qu’il y a de bon dans la civilisation occidentale et modernise ainsi l’armée, la justice, le commerce et l’administration.

Le démantèlement se poursuit toutefois avec, en 1881, l’invasion de la Tunisie par la France, puis en 1882 l’occupation de l’Égypte par le Royaume-Uni. L’Allemagne, qui est alors une des trois premières puissances industrielles du monde, se rapproche alors du sultan Abdülhamid II. Guillaume II, le Kaiser, ou empereur allemand, se proclame ami et protecteur des musulmans et s’engage pour l’unité et la stabilité de l’Empire.

Manifestation contre le Sultan à Istanbul, 1908.

Abdülhamid II veut réaffirmer son autorité, et utilise pour cela l’islam, religion des trois quarts des Ottomans. En tant que calife, il est représentant de Dieu sur terre. Il cherche à rapprocher les provinces arabes, longtemps négligées, par les chemins de fer. Si les provinces deviennent loyales, principalement par peur d’une occupation européenne, le peuple arménien, lié par une religion, une langue et une histoire, devient nationaliste, une véritable menace au cœur-même de l’Empire. La situation se dégrade également dans les Balkans, en Macédoine, théâtre des affrontements entre Grecs, Serbes et Bulgares.

Enfin, à partir du 3 juillet 1908, une identité nationale nouvelle fait jour. De jeunes officiers musulmans se mutinent et menacent véritablement le pouvoir pendant trois semaines, revendiquant une identité nationale turque. La pression du mouvement des Jeunes-Turcs est telle que le sultan rétablit la Constitution qu’il avait lui-même suspendue en 1878. Ce grand élan fraternel permet une libéralisation de la presse, une nouvelle opportunité pour les minorités de s’exprimer.

Les Jeunes-Turcs prennent alors de plus en plus de pouvoir et revendiquent leur importance au sein de l’empire. Le 27 avril 1909, le sultan est déposé et exilé, et son frère Mehmet V lui succède, une véritable marionnette aux mains des révolutionnaires. Le régime est durci avec une restriction de la liberté de la presse. En 1914, le mouvement Jeunes-Turcs est le parti unique dans l’Empire ottoman, qui malgré ses déboires politiques, diplomatiques et financiers, s’est modernisé.

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