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5 février 2019

La fin de l’Empire ottoman : la Première Guerre mondiale (2/4)

Le déclenchement de la guerre

Troupe italienne au combat. Tripoli, 1911 (Photograph by API, Lombardi Historical Collection)

Le chaos se poursuit dans l’Empire, avec la révolte des Albanais musulmans, l’occupation de la Libye par les Italiens et surtout la révolte des Balkans, les territoires les plus anciens, les plus riches et les plus modernes de l’Empire qui lui font la guerre, unis dans leur adversité. En 1912, Les Grecs, les Serbes et les Bulgares alliés écrasent les troupes ottomanes en 1912 et 1913, ce qui, en plus de la défaite de la Libye, achève de convaincre les Ottomans de la duplicité de l’Europe quant à leur intégrité territoriale. Les Ottomans cherchent alors à bâtir une alliance stratégique avec l’une des puissances européennes dans le conflit qui s’annonce. La France, l’Autriche, la Russie et le Royaume-Uni adressent tous aux négociations menées en 1914 des fins de non-recevoir. Le Royaume-Uni, allié le plus recherché, n’a aucun intérêt stratégique à s’allier avec l’Empire ottoman qui ne lui fournit aucun apport dans la sécurité de la Route des Indes. De plus, le royaume soutien la Russie dans ses revendications territoriales, ce qui rend l’alliance d’autant plus impossible. Le choix du pouvoir se porte alors sur l’Allemagne, avec laquelle une alliance secrète est signée le 2 août. Le sultan entre officiellement en guerre le 11 novembre. L’Empire ottoman a alors plusieurs objectifs : replacer sous souveraineté complète les territoires de la péninsule arabique, récupérer les territoires perdus en 1912-1913, dans les Balkans, et en 1878, c’est-à-dire Chypre.

La guerre

Au début de la Première Guerre mondiale, le kaiser Guillaume II veut prendre l’avantage sur la Russie en sollicitant l’Empire ottoman pour affaiblir leur adversaire sur deux fronts à l’ouest et au sud et aussi pour bloquer le canal de Suez par où transite le ravitaillement anglais.

Naufrage du cuirassé Bouvet aux Dardanelles par Diyarbakırlı Tahsin Bey (Tahsin Siret, 1874–1937) (1)

Les Turcs entrent en guerre en bombardant les ports russes de la mer Noire le 5 novembre 1914, et se déplacent ensuite vers le Caucase où les armées du tsar sont mal préparées et en désordre. Les Alliés doivent alors réagir et le ministre de la marine, Winston Churchill, décide de mener une opération dans les détroits afin d’atteindre Constantinople, et de bombarder la capitale turque. Le 18 mars 1915, une flotte franco-anglaise pénètre dans les Dardanelles et soumet les défenses turques grâce à son artillerie. Cependant, les mines flottantes des Ottomans font des ravages, trois bateaux sont coulés et la flotte doit se retirer, laissant les Turcs maîtres de leur territoire. Un mois plus tard, les Alliés réitèrent en essayant de débarquer à Gallipoli, au sud de Constantinople. Ils sont accueillis par le feu nourri de l’armée ottomane dès qu’ils touchent terre. Ils se retrouvent bloqués pendant huit mois sur les plages où ils vivront un calvaire entre obus, maladies et conditions météorologiques. Contraints de rembarquer, les corps de combat s’installent en Grèce, à Salonique et ils ne reprendront les combats qu’en 1916.

De l’autre côté du front de l’Empire ottoman, la guerre est acharnée et difficile. En février 1915, les soldats turcs partent par les montagnes du Caucase pour atteindre la Russie, mais plus de 30 000 Turcs périssent à cause des conditions climatiques extrêmes, et du manque de préparation pour combattre l’armée russe à Sarikamish. Pour camoufler cet échec stratégique, les Arméniens sont désignés comme boucs émissaires, soupçonnés de soutenir les Russes et ainsi d’avoir participé au massacre qu’a été la campagne militaire. La population arménienne est déportée dans le désert pour y mourir, les notables sont assassinés dans les villages, pendus. Ainsi, entre 800 000 et 1,2 millions d’arméniens sont exterminés.

De l’autre côté, les Anglais cherchent à éliminer la menace turque qui pèse sur le Canal de Suez. En novembre 1914, une armée de contingents indiens débarque dans le golfe Persique dans le but de conquérir la Mésopotamie. Les Britanniques progressent vers Bagdad à l’aide de mulets et de chameaux, mais ils sont attaqués en novembre 1915 et sont obligés de se replier dans la ville de Kut-el-Amara. L’armée va alors subir une épidémie de choléra et une famine qui vont les affaiblir. Bagdad ne tombera aux mains des Anglais que le 11 mars 1917.

Thomas Edward Lawrence

Dès lors, le colonel britannique Thomas Edward Lawrence est chargé de soulever les populations d’Arabie contre les Turcs. Il parvient à obtenir la confiance des chefs arabes et plus particulièrement de l’émir Fayçal, de la Mecque, qui fut précédemment prise le 10 juin 1916. Il lui promet la création d’un État où il serait roi. Lawrence d’Arabie, à la tête d’une armée de guérilla de 10 000 hommes va chasser les Turcs du désert du Sinaï en faisant sauter les lignes de chemin de fer et en attaquant les garnisons ennemies, mettant ainsi en échec une armée en supériorité numérique. Il rejoint après les armées britanniques qui s’emparent de Jérusalem le 9 décembre 1917. La campagne vers le nord permet de prendre Mossoul en octobre 1918 et la Palestine à la fin de 1918.

Ainsi l’empire Ottoman perd le contrôle de la Palestine, du Liban, de la Syrie, de l’Arabie et de la Mésopotamie (actuel Irak) au profit des Britanniques qui vont désormais exploiter leurs ressources comme le pétrole. Les Turcs signent l’armistice le 1er octobre 1918.

Alors que Lawrence négociait, le ministre des Affaires étrangères britannique, Balfour, promet en 1917 aux populations juives persécutées d’Europe centrale de leur accorder un “foyer national” situé en Palestine, qui est l’actuel Israël. Il signe aussi avec les Français un accord de partage des possessions ottomanes au Moyen-Orient. Ainsi la Grande Guerre va semer les germes des futurs conflits du Moyen-Orient.

 

(1) Le 18 mars 1915, François d’Aymar de Châteaurenard, ancien élève de l’Institution Sainte-Marie disparait lors du naufrage du Bouvet, cuirassé français qui coula en deux minutes avec plus de 600 marins après avoir touché une mine turque.

 

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