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7 février 2019

La fin de l’Empire ottoman : le génocide arménien (3/4)

Le génocide arménien s’ancre dans une suite d’événements propices à la dégradation des relations entre Arméniens et Ottomans : défaites militaires consécutives, basculement dans une guerre totale, présence d’une élite arménienne qui accroît les différences sociologiques entre musulmans et non-musulmans, peur de perdre un nouveau territoire associé à un sentiment d’humiliation face aux défaites des Balkans.

Commandants des Unités de volontaires arméniens (Photo de Garegin Pasdermadjian et Aram Torossian, 1914)

Mais il s’agit surtout d’une volonté de maintenir l’État dans des frontières définies et définitives, mais aussi, la volonté caractéristique d’un génocide, souhait de “purifier” l’État des éléments non-Turcs. Cela s’ajoute à une certaine méfiance vis-à-vis des Arméniens, qui, en août 1914, malgré les fortes incitations des Jeunes Turcs du parti unique Union et Progrès, refusent de préparer des opérations militaires contre la Russie en cas de guerre. Certains rejoignent même les armées du tsar, persuadés qu’une victoire russe leur permettrait d’accéder à l’indépendance.

Les désertions sont nombreuses, certains Arméniens menant même des actions de guérilla contre les Ottomans. Dès décembre 1914, les officiers arméniens sont remplacés par des officiers musulmans. La défaite de Sarikamis, qui voit l’anéantissement d’une grande partie de l’armée ottomane par les Russes, augmente la crainte grandissante d’une possible utilisation des Arméniens par les membres de l’Entente.

Cadavres d’Arméniens en 1915, près d’Ankara (Henry Morgenthau)

Fin mars 1915, le gouvernement ordonne l’évacuation des Arméniens, d’abord au cœur de l’Anatolie, puis dans la région d’Alep. Le 19 avril, une insurrection arménienne éclate à Van, donnant lieu à des représailles sanglantes, puis à la ratification d’une “loi de déportation”, autorisant les représailles de tous mouvements d’opposition, et le déplacement des populations. Les élites sont raflées, les partis et associations arméniens interdits. Le 9 mai, le ministre de l’Intérieur Talat ordonne le déplacement de populations arméniennes vers le sud. La part des populations concernées par ces déportations s’étend progressivement. Et, dès le 24 mai, la France, le Royaume-Uni et la Russie qualifient ces massacres de “crimes contre l’humanité et la civilisation”.

La deuxième phase de l’élimination des Arméniens commence par le massacre des populations arrivées dans les zones de concentration dans le désert de Syrie. À l’arrêt des déportations en février 1916, les deux tiers de la population arménienne auraient été déportés. Cela représente un million de personnes. Ces massacres ont été commis non seulement par des groupes marginaux, mais aussi par des représentants de l’autorité centrale.

Horror Humanum Est : le Génocide arménien (octobre 2018).
Plus d’information sur http://fr.horrorhumanumest.info/index.php?post/33_armenien

 

Lire aussi :
L’Empire ottoman dans le contexte d’avant-guerre
L’Empire ottoman et la Première Guerre mondiale
La disparition de l’Empire ottoman

et
Arménie, Histoire, Russie, Turquie,

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