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10 mars 2019

La finance solidaire dans l’UE : une issue pour la réduction des inégalités socio-économiques ?

L’Union européenne met en place des politiques monétaires et budgétaires afin de dynamiser l’économie, et assurer par conséquent la meilleure croissance possible. Cette croissance économique est généralement profitable pour les détenteurs de capitaux, ceux qui ont le pouvoir d’investissement. L’Union européenne doit faire face à un défi majeur : comment assurer une répartition équitable de la valeur ajoutée entre les différents acteurs qui ont contribué à la produire ? Même si une égalité parfaite n’est absolument pas envisageable, car très utopique, la finance solidaire permettrait de donner du pouvoir d’investissement aux ménages les plus défavorisés. Ces inégalités de richesses sont également répertoriées entre les entreprises, entre les multinationales et les PME, ou, entre les entreprises européennes et celles des pays émergents, bien plus compétitives. Comment ce système peut-il réellement se mettre en place et fonctionner de manière pérenne ?

Aujourd’hui, le taux de refinancement de la Banque centrale européenne s’élève à 0.25 pour cent, c’est-à-dire que les banques de second rang (ou banques commerciales) empruntent à la BCE, considérée comme la banque des banques, à un taux fixe de 0.25 pour cent, généralement par emprunt à échéance de très court-terme (1 semaine). Par la suite les banques commerciales accordent des prêts à des taux cinq à dix fois plus élevés (selon le type de crédit, il est généralement plus élevé pour les entreprises que pour les crédits immobiliers des ménages par exemple). Le système de finance solidaire inclut la création d’un nouveau type de banque, appelé bancetic, une sorte de banque éthique, qui pourrait prêter à un taux égal à 0 voire négatif. L’objectif serait alors que la banque centrale prête à taux 0 voire négatif, aux bancetic. Pour compenser cette baisse de taux de refinancement, la Banque centrale augmenterait son taux de refinancement pour les banques commerciales, à un taux de 0.5 pour cent. De plus, la banque centrale sera contrainte de limiter les prêts aux bancetic, qui devront contrôler leur création monétaire. En effet, la création monétaire par monnaie scripturale dans le cadre de prêts à des entreprises ou des ménages est assuré par les banques de second rang. Et une création monétaire supérieure à la valeur ajoutée produite, entraîne une perte de la rareté de la monnaie, ce qui entraîne une dévalorisation de celle-ci, et par conséquent un phénomène d’inflation. Ainsi, 25 pour cent des prêts seraient assurés par les bancetic, à un taux légèrement supérieur à celui du taux de refinancement « éthique » afin de pouvoir rémunérer les employés, ainsi que les différents coûts nécessaires à la gestion de ce nouveau type de banque. Ces prêts seraient donc destinés aux petites entreprises en grande difficulté, dont les emplois sont par conséquent menacés, mais également aux ménages vivant en dessous ou juste au dessus du seuil de pauvreté. Cette mesure, à condition que la création monétaire soit régulée (ce qui implique une coordination au sujet de la répartition de la masse monétaire entre les différentes sociétés financières et banques de la zone euro), permettrait ainsi une réduction de la dépendance aux banques des ménages et des entreprises en difficulté.

Le système de prêts solidaires pourrait-il entraîner un déséquilibre économique ?

La facilité d’emprunt impliquerait certainement un risque d’insolvabilité pour les entreprises et les ménages en extrême-difficulté. En effet, même si le taux d’intérêt est nul (ou presque), certains emprunteurs éprouvaient sûrement déjà des difficultés pour obtenir des crédit auprès des banques commerciales. C’est pourquoi, ces ménages et entreprises doivent avoir des projets solides, les bancetic sont une sorte de financement participatif, mais dont l’argent devra être remboursé. En effet, l’incapacité des emprunteurs à honorer leurs dettes aura pour conséquence une contraction de la masse monétaire, la consommation diminuera, les entreprises produiront moins, l’économie tournera au ralenti. Cela risquerait alors d’entraîner un de phénomène de déflation, notamment accentué par une demande très faible (faible consommation et report de celle-ci) et une offre forte par la mise en vente d’un grand nombre de biens (voitures ou logements), les ménages voulant se protéger face à un avenir incertain. La déflation, véritable cercle vicieux, et ce encore plus que l’inflation, sera accentué par l’arrêt des prêts éthiques puisque les bancetic, qui faisaient peu de marge, seront dans ce cas contraintes de déposer le bilan. La création monétaire de ces banques sera par la suite suspendue, l’absence de création monétaire facilitera alors l’accroissement de la déflation.

Néanmoins, si les bancetic arrivent à évaluer la capacité de remboursement de ses emprunteurs, cela pourrait entraîner des effets positifs. En effet, les ménages bénéficiaires de ces prêts verraient leur pouvoir d’achat augmenter, puisque ceux-ci seront exonérés de versements d’intérêt annuels. Car aujourd’hui, c’est un droit presque fondamental de pouvoir consommer, offrir des cadeaux à sa famille, partir en vacances, tout simplement pouvoir vivre décemment. En parallèle, les petites entreprises réaliseront de meilleurs profits, vecteurs de création d’emplois. Aujourd’hui, l’Europe doit miser sur les PME et notre croissance économique dépendra de la santé de ces entreprises. De plus, ce système représente une avancée sur un plan économique mais également sur un versant social. La finance solidaire propose une alternative, entre un hyper capitalisme triomphant et un marxisme qui n’a absolument pas fonctionné dans le temps. Le progrès social s’illustre dans la réduction des inégalités socio-économiques, mais l’égalité parfaite est inenvisageable, car celle-ci impliquerait une omniprésence des états et des administrations publiques, ce qui freinerait l’évolution des marchés ainsi que leur croissance économique.


Banque centrale européenne, Économie, Institutions de l'Union européenne, Politique, UE & Institutions européennes,
Rédacteur. Élève de l'Institution Sainte-Marie d'Antony.
Intérêts : actualités politique et économique, sports, histoire.
Pays d'affection : France, Belgique, Allemagne, Italie, Espagne.

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