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22 septembre 2018

L’éducation aux Pays-Bas : une philosophie scolaire unique

Classé depuis des années parmi les meilleurs systèmes éducatifs mondiaux, le modèle néerlandais suscite l’admiration à travers le globe. Ce dernier figure notamment à la dixième place des pays l’OCDE lors de l’enquête PISA en 2012. Quels sont les traits caractéristiques de ce système éducatif qui explique une telle réussite scolaire ?

 

Un système éducatif connoté religieusement ou éthiquement

Aux Pays-Bas, dans les écoles privées, l’enseignement se fait selon les convictions religieuses ou idéologiques. On compte ainsi des écoles privées romanes catholiques, protestantes, musulmanes ou hindoues. Ces écoles ont le droit de refuser d’admettre un élève ou d’employer un professeur dont les convictions sont différentes de celles de l’école. L’éducation religieuse est enseignée dans presque toutes les écoles privées. Ces leçons sont obligatoires. En général, les écoles primaires à autorité publique n’enseignent pas d’éducation religieuse ou éthique. Les parents peuvent cependant demander à la commission scolaire de l’enseigner en tant que matière additionnelle.

De même, les écoles privées non-confessionnelles enseignent selon une philosophie éducative particulière, sans s’identifier à une religion ou une idéologie. Montessori, Jena Plan ou encore Dalton, les écoles des Pays-Bas proposent une grande variété de méthodes et d’approches pédagogiques.

Une éducation caractérisée par la division ?

L’éducation néerlandaise serait-elle ségrégative ? C’est une question que l’on peut légitimement se poser. Effectivement, le fait que les minorités, notamment celles issues de l’immigration, se retrouvent souvent dans les mêmes quartiers, et que les parents soient libres de choisir l’école de leurs enfants aboutit à des établissements où une certaine communauté ethnique prédomine. Les écoles sont ainsi grossièrement qualifiées de « blanches » ou de « noires » par certains. C’est alors que des inégalités apparaissent malheureusement, comme le montre ce témoignage d’une maman d’origine marocaine : « Dans les écoles “noires”, il y a plus de problèmes, de violence et de difficultés. Les enseignants ne sont pas aussi attentifs que dans les écoles “blanches” ».

Aujourd’hui, malgré tous les efforts faits pour réduire les inégalités existant initialement entre les élèves comme le désavantage linguistique, le gouvernement néerlandais ne s’est pas donné comme priorité de favoriser la mixité sociale et culturelle dans les établissements scolaires.

Vaincre les inégalités à la racine

Aux Pays-Bas, 15% des enfants allophones arrivent à l’école avec un risque de décrochage scolaire. Ce qui est également le cas dans d’autres pays européens. Cependant, les Pays-Bas ont, quant à eux, décidé de réagir face à ce chiffre qui prédit de grandes inégalités entre les élèves avant même que ceux-ci aient commencé les cours. En petits groupes de 16 élèves maximum, les enfants apprennent à bien parler la langue nationale à travers des jeux. Des fonds supplémentaires ont ainsi été accordés par le gouvernement aux 37 plus grandes municipalités afin que celles-ci puissent concrètement réaliser leurs projets. Les enfants présentant un risque de rencontrer ces difficultés linguistiques sont identifiés à travers un système qui prend en compte plusieurs facteurs, comme le niveau d’études des parents.

Le but de cette démarche est d’offrir aux enfants un bon départ dans leur vie éducative, et de leur permettre de partir sur un pied d’égalité, réduisant ainsi le décrochage ou l’échec scolaire dès la racine, en éliminant la difficile barrière de la langue. Cet accompagnement des enfants ayant du mal à maitriser la langue néerlandaise se fait sur le long terme, commençant avant l’entrée à l’école maternelle se poursuivant jusqu’au secondaire.

Le principe de « l’éducation appropriée »

Depuis août 2014, les écoles ont le devoir d’offrir à tous les élèves une place appropriée. Ce principe est désigné comme « l’éducation appropriée ». Ainsi, les enfants rencontrant des difficultés dans l’apprentissage peuvent aller dans des écoles primaires spécialisées, ce qui est certainement la meilleure option pour ceux qui ont besoin de plus de support et d’un accompagnement plus personnalisé.

Une répartition des élèves à l’âge de 12 ans pas forcément positive

À la fin de la dernière année d’école primaire, alors que les élèves ne sont âgés que de 12 ans, ils passent un test nommé  Cito Eindtoets Basisonderwijs, à l’issu duquel il leur est conseillé (à titre purement « indicatif ») un niveau ou un type d’enseignement secondaire  approprié. En effet, il existe trois types de parcours : le VMBO, le HAVO et le VWO, tous liés à une certaine exigence scolaire. Cette répartition précoce des élèves selon leurs aptitudes est cependant fortement critiquée. Les chercheurs insistent sur le fait qu’à l’âge de 12 ans, les élèves n’ont pas encore développé toutes leurs capacités intellectuelles, ce qui peut mener à leur mauvaise orientation. De plus, de nombreux élèves ayant un grand potentiel mais qui n’obtiennent pas de bons résultats scolaires se retrouvent envoyés vers les plus bas niveaux d’éducation, niveaux qui ne leur conviennent pas et accroissent leurs chances de décrochage.

L’égalité des genres, un principe fortement mis en avant

Le Ministère de l’éducation, de la culture et de la science néerlandais clame sur son site que le gouvernement fait de son devoir premier de promouvoir l’égalité des genres dans l’éducation. Se basant sur le constat que plus nombreuses sont les femmes en situation précaire par rapport aux hommes, et qu’elles sont souvent en charge des tâches ménagères et de la prise en charge des enfants, le gouvernement néerlandais souhaite à la fois permettre aux femmes d’avoir un meilleur niveau d’études mais aussi que les tâches ménagères et familiales soient mieux réparties au sein du couple, afin que cela ne fasse pas obstacle à la carrière des femmes. Le ministère de l’éducation néerlandais souhaite aussi qu’il y ait plus de femmes dans les hauts postes hiérarchiques, ce qui est malheureusement encore loin d’être acquis dans tous ces pays que l’on qualifie si bien de « développés ».

Une affirmation si claire et vindicative de ce principe d’égalité des genres détonne. En effet, peu de pays européens revendiquent la lutte contre les inégalités de genre comme une des priorités de leur système éducatif.

Un programme d’éducation sexuelle qui inspire d’autres pays

Récemment, était publié un compte-rendu de l’OMS incitant les pays à mettre en place des cours d’éducation sexuelle dès le plus jeune âge. C’est déjà le cas aux Pays-Bas. En primaire, les enfants apprennent à nommer toutes les parties de leur corps, y compris les plus intimes, à comprendre la nature des liens qui les unissent avec leurs parents, à parler de leurs sentiments et de leur attitude affective envers les autres. Dans le secondaire, on passe aux choses un peu plus sérieuses : sexualité, reproduction, contraception, grossesses, maladies sexuellement transmissibles (MST). Mais au-delà des simples informations techniques si l’on peut dire, les jeunes adolescents néerlandais réfléchissent sur ce qu’est une relation stable, sur les effets de la rupture et apprennent à savoir où trouver les informations dont ils pourraient avoir besoin. Cette éducation sexuelle est obligatoire, quel que soit le type d’école fréquentée.

Par ailleurs, toutes écoles sont obligées d’enseigner la diversité sexuelle. Cela fait partie des objectifs à atteindre. Les enfants apprennent à respecter les différences sexuelles et les diverses préférences sexuelles. On les aide également à éviter de devenir des victimes de violences sexuelles.

Cet exemple des Pays-Bas sera cette année suivi par le Royaume-Uni, qui espère ainsi faire descendre le nombre de grossesses accidentelles à l’adolescence et la transmission de MST.

Sources
Toutes les images sont tirées du site officiel du gouvernement néerlandais.
https://www.government.nl
https://dutchreview.com/featured/sex-education-in-the-netherlands/
https://fr.euronews.com/2014/07/11/education-aux-pays-bas-entre-excellence-et-segregation
https://www.sain-et-naturel.com/aux-pays-bas-et-au-royaume-uni-leducation-sexuelle-des-la-maternelle.html

 


Pays-Bas, Société,
Rédactrice. Alumnus Sainte-Marie d'Antony. Étudiante à Sciences Po Lille.
Intérêts : littérature, écologie, féminisme, éducation, histoire, culture, sciences politiques.
Pays d'affection : Pays-Bas, Islande, Norvège, Suède, Danemark, Espagne.
One Comment
  1. I am following your posts and noticing that every post contains an educative value.
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