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13 juillet 2018

L’Europe : future figure de proue de la lutte contre la pollution plastique des océans ?

La pollution plastique des océans semble de plus en plus régulièrement abordée par les médias, alertant une opinion publique sensible aux questions environnementales. Face à cette préoccupation écologique urgente, quelles solutions sont développées en Europe ?
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(Photo Gabriel Gonzáles)

Un bilan alarmant
  • Un huitième* continent créé seulement par l’action humaine.
  • 80 à 120 tonnes de déchets relâchés dans la mer chaque minute.
  • 8 millions de tonnes de déchets plastiques déversés dans les fonds marins chaque année.
  • 80% des déchets en mer provenant de terres émergées.
  • 100 milliards de sacs en plastique à usage unique  consommés chaque année en Europe.
  • 200 sacs plastiques utilisés en moyenne par un citoyen européen par an.

* Ce continent formé de déchets est appelé septième ou huitième continent, en fonction du nombre de continents initialement comptabilisés. Ainsi, certains estiment que l’Amérique ne forme qu’un seul continent tandis que d’autres distinguent l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud.

Si ces chiffres font froid dans le dos, les réactions restent minimes face à cette crise d’une envergure inégalée. L’humanité semble ne pas se rendre compte de l’urgence de la situation, ou bien préfère l‘ignorer, tant elle entrainerait, de fait, un changement trop important des modes de vie. Cette négligence est malheureusement destructrice. À eux seuls, les sacs plastiques sont responsables d’une part importante des émissions de gaz à effet de serre et, de manière plus globale, de la pollution environnementale.

Les conséquences de cette pollution plastique intensive sont multiples : l’emprisonnement des animaux marins dans les filets dérivants ou les gros débris, l’ingestion importante de débris plastiques toujours plus infimes par l’ensemble de l’écosystème marin, le transport d’espèces invasives potentiellement dangereuse pour les animaux marins, la pollution chimique des océans et des espèces maritimes…

On trouve ainsi sur la planète cinq principaux gyres océaniques (gigantesques tourbillons) qui bloquent éternellement dans leurs courants des tonnes de déchets (image ci-contre). Le plus célèbre de ces gyres, régulièrement appelé « huitième continent », porte également le surnom de « vortex de déchets », donnant une bonne illustration de la réalité de cette étendue océanique.

Parce qu’une image vaut mille mots

Il semblerait néanmoins que les chiffres ne fassent pas sens pour la population, l’empêchant de saisir pleinement la réalité de cette pollution. Ainsi, cette publicité espagnole peut paraître plus parlante : les aliments provenant de la mer tel que le poisson, les crevettes, sont remplacés par des éléments en plastique en tout genre, illustrant la réalité de nos mers et de nos océans. L’Espagne est, en effet, particulièrement touchée par le problème, la mer Méditerranée étant la mer la plus polluée en plastique au monde.

Une solution innovante

Chez certains, la préoccupation écologique s’apprend heureusement dès le plus jeune âge. Ainsi, en 2013, alors qu’il a seulement 19 ans, le néerlandais Boyan Slat fait la une des médias internationaux afin de présenter son projet de récupération des débris plastiques dans les océans : The Ocean Cleanup.  Cette barrière massive en forme de V, mesurant près de 2000 mètres, est particulièrement innovante. Elle s’appuie sur des bases fixes et laisse les courants amener les déchets à elle, au lieu d’utiliser de l’énergie pour se battre contre les courants marins.  Actuellement en phase de test, on estime que ce projet permettrait de retirer des océans 7,25 millions de tonnes de plastique en à peine cinq ans. Un résultat fortement insuffisant par rapport à la quantité de plastique présente dans les océans de nos jours mais qui permettrait quand même une certaine amélioration. Après tout, ce sont les petites avancées qui font les grandes.

Ce projet ne fait cependant pas l’unanimité. Patrick Deixonne, chef de mission de l’Expédition 7econtinent, ne mâche pas ses mots pour montrer son scepticisme : « Après ma quatrième expédition dans les gyres, j’ai beaucoup de doutes sur l’efficacité de la méthode proposée. Oui, nettoyer les océans est une noble cause, mais cela peut être dangereux. N’oublions pas que dans les gyres, les plastiques sont sous forme microscopique, mélangés à la vie marine. Beaucoup d’énergie et d’argent seront dépensés pour un résultat quasi nul et des effets désastreux sur l’écosystème au ratio des plastiques récoltés. Les obstacles que l’on rencontre dans les gyres sont nombreux pour le genre d’opération que propose Boyan Slat. Son dispositif crée également un effet DCP (dispositif de concentration de poisson, utilisé dans la pêche hauturière) et nous savons que ce genre de chose aura un effet très négatif pour le milieu. Je ne peux ici, détailler toutes les anomalies de son système car la liste serait trop longue ».

Une centaine de scientifiques, ingénieurs et volontaires ont pourtant exprimé leur soutien auprès de Boyan Slat. Plus de 50 ingénieurs travaillent aujourd’hui sur ce projet et un prototype est actuellement en test dans la mer du Nord, au large des côtes néerlandaises. Il ne reste plus qu’à espérer que le projet portera les fruits escomptés sans détériorer d’avantage l’écosystème marin.

La loi comme seul moyen de changer les choses ?

La page d’accueil du site officiel de The Ocean Cleanup affirme que : « Résoudre la pollution plastique des océans nécessite la combinaison de la fermeture de la source et du nettoyage de ce qui a déjà été accumulé dans l’océan. »

Ainsi, s’il est indispensable de nettoyer les océans, ne pas réduire notre consommation de plastique, rendrait vaine toutes ces initiatives. Il serait donc temps de cesser les tergiversations et de traiter le problème à la source, en interdisant les produits plastiques que l’on retrouve le plus fréquemment dans les océans.

C’est dans cette idée que le gouvernement britannique a annoncé, le 19 avril dernier, sa volonté d’interdire les cotons tiges, les touillettes et les pailles en plastique sur son territoire. Suivant cette dynamique, l’Union européenne a fait part, le 29 mai, de sa détermination à interdire les produits plastiques à usage unique, et de les remplacer par des produits faits avec des matériaux plus durables et moins nocifs pour l’environnement. Une dizaine de catégorie de produits du quotidien comme les assiettes, couverts, verres, cotons tiges, pailles en plastique, qui représentent à eux seuls 70% des déchets échoués à la fois dans les océans et sur les plages, sont ainsi visés.

Plusieurs lois ont déjà été votées ultérieurement comme la directive européenne du 29 avril 2015 qui demande aux États membres de réduire le nombre de sacs plastiques légers à 90 sacs par personne et par an d’ici 2019, et à 40 sacs par personne et par an d’ici 2025. Parallèlement, depuis le 1er juillet 2016, la France a formellement interdit la distribution de sacs plastiques de caisse à usage unique, qu’ils soient gratuits ou payants. Il en de même pour les sacs « fruits et légumes » depuis le 1er janvier 2017. Mais cette fois-ci, les pays européens semblent déterminés à aller plus loin dans la lutte contre la pollution plastique des océans.

Si la grande majorité des Hommes ne semblent pas vouloir modifier ses modes de consommation pour dépolluer les océans, au point que l’intervention des pouvoirs publics semble alors indispensable, on peut néanmoins se demander si ces projets de loi aboutiront et s’ils auront un impact conséquent sur la pollution plastique des océans.

 

Sources
https://www.consoglobe.com/nouvelles-de-boyan-slat-cg
https://ec.europa.eu/france/news/20180130_pollution_plastique_fr
http://www.encyclopedie-environnement.org/eau/pollution-plastique-en-mer/
https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/la-mediterranee-une-mer-malade-de-sa-pollution-787895.html
https://www.francetvinfo.fr/monde/royaume-uni/interdiction-des-cotons-tiges-et-pailles-en-plastique-au-royaume-uni-la-france-doit-suivre-ce-chemin_2715244.html
http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/environnement/24742-mediterranee-un-appel-initiatives-pour-lutter-contre-la
http://mashable.france24.com/monde/20180529-interdiction-plastique-europe
https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/04/19/le-royaume-uni-veut-interdire-les-pailles-et-cotons-tiges-en-plastique_5287674_3214.html
http://www.slate.fr/lien/70097/Boyan-Slat-barrages-flottants-nettoyer-oceans
https://www.sudouest.fr/2018/05/28/bientot-une-interdiction-des-pailles-et-cotons-tiges-en-europe-5094438-710.php
https://www.theoceancleanup.com/


Environnement & DD, Institutions de l'Union européenne, UE & Institutions européennes,
Rédactrice. Alumnus Sainte-Marie d'Antony. Étudiante à Sciences Po Lille.
Intérêts : littérature, écologie, féminisme, éducation, histoire, culture, sciences politiques.
Pays d'affection : Pays-Bas, Islande, Norvège, Suède, Danemark, Espagne.
3 Comments
  1. “1 milliard de pailles sont consommées par jour dans le monde”
    Yasmine El Kotni évoque pour Konbini News la pollution plastique et son association « Bas les pailles »
    https://www.facebook.com/konbininews/videos/439283686553808/

  2. En Afrique, 4,4 millions de tonnes de plastique se retrouvent dans les mers et océans chaque année, selon l’ONU. Certains pays se mobilisent.
    Une vidéo France Info.
    https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/l-afrique-en-guerre-contre-les-sacs-en-plastique_2845065.html

  3. Boyan Slat :  »D’ici 2050, nous aurons éliminé la pollution plastique des océans »
    https://www.nationalgeographic.fr/environnement/boyan-slat-dici-2050-nous-aurons-elimine-la-pollution-plastique-des-oceans

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