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9 juin 2018

Lituanie, Lettonie, Estonie : Cent ans d’indépendance

À l’occasion du centième anniversaire de l’indépendance des trois pays baltes, petit retour sur la situation des uns et des autres.

 

Manifestation pour l’indépendance estonienne (Pärnu, 1918)

Estonie

C’est par une grande parade militaire, comportant plus de 11 000 soldats,  que l’Estonie a, le 24 février dernier, célébré ses cent ans d’indépendance. Le président du parlement, Eiki Nestor, déclara que « l’indépendance de l’Estonie est mieux protégée que jamais parce que nous avons des amis et des alliés ». Riho Teras, commandant en chef des armées, était lui aussi présent, et rappela, pour l’occasion, que « l’indépendance et la liberté […] ne doivent pas être considérées comme acquises une fois pour toutes ».

Cette indépendance, l’Estonie l’a obtenue il y a exactement un siècle, après plus de deux cents ans de domination russe, lorsque la détermination des membres du Comité du salut public et de la population porta enfin ses fruits. Les Estoniens profitèrent en effet du déclin de l’Empire russe en 1917, pour mettre en place leur projet d’indépendance.

Le 8 avril 1917 est une date majeure dans ce processus d’émancipation. Une manifestation pacifique regroupant 40 000 personnes est organisée à Petrograd (Saint-Pétersbourg). Ce rassemblement impressionne et quatre jours plus tard, le gouvernement provisoire russe donne son accord quant à l’autonomie de l’Estonie, qui déclare officiellement son indépendance le 24 février 1918. Tout semblait aller pour le mieux jusqu’au 3 mars 1918 – soit une semaine plus tard –, lors de la signature du traité de Brest-Litovsk par les gouvernements des Empires centraux (menés par l’Empire allemand) et par la jeunesse russe bolchevique. En effet, ce traité stipula, entre autres, que l’Estonie serait annexée par les Allemands.

Une fois de plus, la chance sourit aux Estoniens puisque quelques mois plus tard, le 11 novembre 1918, l’Allemagne capitule et admet sa défaite. L’Estonie en profite pour réaffirmer son autonomie et son statut de nation. La souveraineté estonienne est alors internationalement reconnue en 1919. Les premières élections du pays ont lieu la même année. Une assemblée constituante est élue et une constitution voit le jour l’année suivante.

Néanmoins, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’occupation soviétique étouffe le nationalisme estonien. Ce n’est qu’au milieu des années 80 que les estoniens commencèrent à manifester publiquement leur envie de restaurer leur indépendance. C’est chose faite le 20 août 1991, quelques mois avant la dissolution de l’URSS. Aujourd’hui encore, la population estonienne célèbre, ce 20 août, le jour de l’Indépendance, point d’orgue d’un siècle de combat.

 

Déclaration d’indépendance de la Lituanie

Lituanie

Chez leurs voisins lituaniens, les festivités étaient également au programme. Toutes les églises du pays sonnèrent, vendredi 16 février, commémorant le centenaire de l’indépendance.

Le 16 février 1918, après des années de combat, dont la Conférence de Vilnius et la publication de la Loi du 8 janvier (qui annule l’alliance avec l’Allemagne) ont été des moments cruciaux, la Lituanie est délivrée du joug germanique.

Mais son combat n’est pas encore terminé : en effet, de juin à décembre 1919, les forces lituaniennes doivent lutter contre les volontaires de l’Ouest de la Russie, qui ont déjà envahi le Nord du pays. Enfin, la Lituanie doit combattre contre la Pologne lors de la guerre polono-lituanienne, d’août à novembre 1920.

C’est à l’issue de cette lutte finale que l’indépendance lituanienne fut reconnue à l’échelle internationale. Néanmoins, un événement va venir (encore une fois) bouleverser ce nouvel équilibre : en septembre 1939, la guerre est déclarée. La Lituanie se retrouve de nouveau sous le joug soviétique (suite au pacte que Staline signe avec Hitler), et est incluse dans l’Union soviétique. Cependant, les membres non-communistes de l’ONU continuent de considérer la Lituanie comme un État souverain… Ce qui n’empêche pas les nazis d’occuper le territoire, de 1941 à 1944, et d’exterminer 95 % de la population juive lituanienne…

À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les Lituaniens ne retrouvent pas leur liberté. Ils sont, en effet, annexés par l’Union soviétique, et cela jusqu’en 1990. Leur véritable indépendance ne verra le jour que grâce au déclin de cette dernière. Un événement que le peuple lituanien n’a pas oublié. Tôt ce matin du 16 février 2018, trois mille personnes ont défilé dans les rues de Vilnius. Concerts et célébrations ont ponctué la journée, avant que de spectaculaires feux d’artifices ne la concluent. Dalia Grybauskaite, présidente de la République lituanienne, a déclaré, au cours de cette cérémonie qu’ « aujourd’hui, nous savons que nous avons de vrais amis et alliés, et le soutien de leurs bras puissants ». Membre de l’OTAN, de l’ONU, et de l’Union européenne, la Lituanie n’est effectivement pas isolée.

 

Kārlis Ulmanis, premier ministre (1918-1921, 1931, 1934-1940) et président (1936-1940) de la République de Lettonie

Lettonie

Sous domination russe depuis 1721, c’est contre l’Allemagne que la Lettonie se bat, lorsque cette dernière, ayant perdu la Grande Guerre, tente d’annexer le pays, ainsi que l’Estonie. Mais les Allemands ne sont pas les seuls à vouloir posséder les pays baltes : les soviétiques réclament leur part eux aussi (les Russes dominent ces régions depuis le XVIIIe siècle et voient la volonté d’indépendance des Lettons d’un très mauvais œil).

Le 17 décembre 1918, les bolcheviques proclament la République soviétique de Lettonie, gouvernée par Pēteris Stučka. En 1920, la dissolution de l’empire russe permet à la Lettonie, comme pour la Lituanie, d’affirmer officiellement son indépendance, tout en menant des combats contre les Allemands et l’Armée rouge. Un régime parlementaire s’installe, et une nouvelle organisation se met en place. Le 11 août 1920, la Lettonie signe le traité de Riga, par lequel la Russie reconnaît officiellement la République lettone et renonce de façon définitive à toute tentative de revendication territoriale. Le gouvernement letton conclut en parallèle un accord avec l’Allemagne, par lequel elle promet de n’exiger aucunes compensations pour les dégâts causés par les Allemands. En échange, ces derniers abandonnent leurs terres annexées, qui deviennent donc lettones.

Cependant, dès 1944, comme pour ses voisines, la Lettonie est réoccupée par l’Armée rouge. L’URSS l’annexe et lui confére le statut de République socialiste soviétique. Cet événement engendre de nombreux flux migratoires des familles lettones vers la Suède, les États-Unis, ou encore le Canada. La domination soviétique est de plus en plus difficile à supporter : jusqu’en 1953 (lorsque Staline meurt), les soviétiques collectivisent les fermes, afin d’empêcher la résistance lettone (et surtout les maquisards) d’avoir accès aux provisions. Dans le même temps, plusieurs dizaines de milliers de Lettons sont déportés en Sibérie. Afin d’étendre la culture russe (phénomène de « russification »), des milliers de soviétiques sont envoyés en Lettonie. Comme pour l’Estonie et la Lituanie, la dislocation de l’URSS vient mettre fin à la tyrannie, en 1991. La Lettonie reprend petit à petit le contrôle de son territoire dont elle ne fut jamais vraiment chef. Pour elle, comme pour ses voisines baltes, ce combat pour la liberté semble enfin terminé, même s’il demande, encore aujourd’hui, une certaine vigilance…

 

Sources :
http://fr.euronews.com/2018/02/24/estonie-un-siecle-d-independance
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d%27ind%C3%A9pendance_de_la_Lettonie
https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9claration_d%27ind%C3%A9pendance_de_la_Lituanie
https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27Estonie
http://www.est-emb.fr
http://www.lepoint.fr/monde/la-lituanie-celebre-les-100-ans-de-son-independance-retrouvee-16-02-2018-2195507_24.php


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Justine Constantin
Responsable Europe du Nord et pays baltes.
Élève de l'Institution Sainte-Marie.