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22 octobre 2018

Robert Schuman, européen avant l’heure

Robert Schuman, 1950

Robert Schuman, connu pour, entre autres, avoir lancé le grand projet européen, était un homme politique à la vie tumultueuse. Retour sur le parcours de ce père fondateur de l’UE.

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Jeunesse et études

Lorsqu’il naît en 1886, à Luxembourg, Robert Schuman est Allemand. En effet, la Moselle dont son père est originaire a été annexée par l’Empire allemand après la guerre franco-prussienne de 1870. Il est ainsi baigné dans une triple culture : française, allemande et luxembourgeoise, qui éveille en lui le goût de l’Europe.

Très précoce et curieux, il est surtout très suivi par ses parents. Schuman sait ainsi déjà lire à son entrée en primaire. Il rentre à dix ans dans un prestigieux établissement du secondaire bilingue au Luxembourg : l’Athénée, qui lui permet d’acquérir un niveau de langue de qualité en allemand et en français. C’est un un élève brillant, qui excelle dans les matières scientifiques aussi bien que littéraires.

En 1900, son père meurt, resserrant ses liens avec sa mère qui lui a appris à lire et à écrire, et qui a forgé sa foi chrétienne, mais qui lui a aussi inculqué la passion de la lecture et de la musique. En 1903, il obtient son baccalauréat et, au lieu de partir pour l’université, il se rend à Metz, sur les traces de son père pour y refaire sa classe de terminale et obtenir son Abitur, le baccalauréat allemand qui lui permet d’étudier le droit, l’économie, la philosophie, la politique, la théologie et les statistiques dans les meilleures universités allemandes (Berlin, Munich, Bonn et Strasbourg), pour enfin revenir à Metz, en 1912 et s’y installer en tant qu’avocat. Metz est une ville intellectuelle qui se germanise, mais une faible lueur patriotique brille parmi les rares messins qui n’ont pas émigré en France.

La guerre

Lorsque la guerre éclate en 1914, Schuman n’a pas fait son service militaire, exempté pour raisons médicales. Au cours de la guerre, il reste à Metz, où une sorte de dictature militaire réprime toute allusion aux Français, à l’ennemi. Schuman, pacifiste, ne porte pas les armes pendant la guerre et travaille en tant que commis aux écritures dans une garnison de consolidation des fortifications et comme travailleur auxiliaire dans une sorte de sous-préfecture. Le 19 novembre 1918, le maréchal Pétain libère Metz et les Allemands messins sont priés de faire leurs valises sur-le-champ et de partir en Allemagne.

Robert Schuman, alors député de la Moselle (1929)

Premiers pas en politique

Schuman obtient la nationalité française en 1919, quand la France reprend l’Alsace-Moselle à la fin de la Première Guerre mondiale. Lors des élections législatives de 1919, on lui conseille vivement de s’inscrire sur les listes de l’UPR (Union populaire républicaine), cependant Robert refuse le poste, non intéressé par la politique, mais, poussé par le chanoine Colin, il accepte et devient député du département de la Moselle.

Député expérimenté dans le domaine de la démocratie et de la loi,  Robert Schuman se fait porter en tête de liste de l’UPR en 1924, et entame son deuxième mandat de député. Il restera député jusqu’à la Seconde Guerre mondiale où on le nomme sous-secrétaire d’État pour les réfugiés de l’État français du Maréchal Pétain, sans lui demander son avis.

Le deuxième conflit mondial

Bien qu’ayant voté les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, il est fermement opposé à un nouveau conflit fratricide. Il fait partie du gouvernement Pétain mais met tout en œuvre pour aller à Vichy et démissionner pour retourner en Lorraine, où il craint pour la liberté de ses compatriotes face au régime nazi qui l’a annexée. À peine retourné à Metz, il se fait arrêter, le 14 septembre 1940 par la Gestapo et restera en prison pendant sept mois.

Placé en résidence surveillée, où il doit se présenter à la police, il s’enfuit et sa tête est mise à prix le 1er août 1942 pour la somme de cent mille marks. Il arrive à Vichy le 15 août pour informer le maréchal Pétain du sort des Alsaciens qui lui répond qu’il ne peut rien faire pour eux. Il fait partie de la résistance mais devient prisonnier et, ayant échappé de peu à la déportation vers le camp de Dachau, il se cache des nazis. En cavale, il se réfugie dans les monastères, orphelinats et étudie en attendant la fin de la guerre. Le 19 novembre  1944, Metz, en ruines, est libérée par les Américains et Schuman se demande si, à soixante ans, il devrait continuer la politique.

Le renouveau européen

Robert Schuman sait depuis la guerre qu’un rapprochement entre la France et l’Allemagne est nécessaire. Il continue néanmoins son parcours politique en tant que ministre des finances, puis premier ministre, ministre des affaires étrangères et enfin ministre de la justice. Il est indispensable, pour lui, afin d’éviter un nouveau conflit planétaire et pour maintenir la paix, d’établir une entraide entre les pays européens.

C’est le 9 mai 1950 qu’il rentre réellement dans l’Histoire. Ce jour là, il prononce un discours, co-écrit avec Jean-Monet, qui pose les bases de la construction européenne : « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée ».

Son discours est entendu par le chancelier allemand Adenauer ainsi que par les chefs de gouvernement belges, italiens, néerlandais, et luxembourgeois et le 18 avril 1951, l’accord de Paris, donnant naissance à la Communauté Économique du Charbon et de l’Acier (CECA) est signé par les 6, fondateurs de la première organisation économique européenne de libre échange, qui consiste en la mise en commun des productions d’acier et de charbon.

La CECA aura des petites sœurs : d’abord la Communauté économique européenne avec le traité de Rome, élargissant la sphère, l’Europe des 6 devient l’Europe des 12, incluant le Danemark, l’Espagne, la Grèce, l’Irlande, le Portugal et le Royaume-Uni. La CEE devient une réelle organisation politique supra nationale. Le libre-échange y existe toujours, mais qui inclut d’autres dimensions, comme une union douanière pour faciliter les déplacements (qui donnera lieu à l’espace Schengen), des politiques communes et bien d’autres choses encore.

La CEE donne naissance en 1993 à l’Union européenne qui fête encore aujourd’hui l’Europe le 9 mai, en souvenir du discours de Schuman proposant la coopération européenne pour maintenir la paix en Europe.

 

Sources
LEJEUNE René, Robert Schuman, un père pour l’Europe, Editions de l’Emmanuel, 2013.
https://europa.eu/european-union/sites/europaeu/files/robert_schuman_fr.pdf
https://europa.eu/european-union/about-eu/history/founding-fathers_fr
https://europa.eu/european-union/about-eu/history/1945-1959_fr
https://europa.eu/european-union/about-eu/symbols/europe-day/schuman-declaration_fr
http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/robert-schuman/


Histoire, Institutions de l'Union européenne, Politique, Portraits, Société,
Rédacteur. Élève à l'Institution Sainte-Marie.
Intérêts : Ecologie, sciences, géopolitique, culture.
Pays d'affection : Allemagne, Royaume-Uni, Finlande, Suède.

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