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3 mai 2019

Une langue pour l’Europe ?

Aujourd’hui, l’Union européenne reconnaît 24 langues officielles qui sont les langues officielles des 28 États-membres; cependant, il est très courant d’utiliser l’anglais, langue simple qui s’est imposée pour les relations non-officielles. Pourtant, avec le Brexit, l’utilisation de l’anglais devient moins pertinente puisqu’elle n’est la langue nationale d’aucun de ses membres (même si Malte, compte également l’anglais pour langue officielle). Ne pourrait-on donc pas envisager une langue propre à l’Europe ?

Les langues en Europe

Dans son ambition collective, l’Union européenne a mis en place une politique linguistique. Selon cette politique, les documents législatifs et importants sont publiés dans toutes les langues officielles. Il en va de même pour les informations générales. Cependant, les documents juridiquement non-contraignants sont publiés le plus souvent en anglais, en français et en allemand ; les informations urgentes ou spécialisées sont, quant à elles, publiées dans la langue du public visé. Les raisons pour lesquelles certaines informations ne sont pas présentes dans toutes les langues officielles sont le plus souvent liées à des raisons budgétaires et techniques (limitation des interprètes et rapport coût/utilité de telle ou telle traduction).

Publié en 2001, et fruit de nombreuses années de recherche en linguistique, le CECRL (Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues) comprend une échelle de six niveaux (de A1 à C2) qui permet d’évaluer le niveau en langue des personnes qui apprennent une langue en Europe, et constitue une base commune pour la création des programmes et la délivrance de diplômes langagiers. Le CECRL a été créé pour répondre à un vœu du Conseil de l’Europe : renforcer l’unité entre ses membres et augmenter les collaborations européennes en matière de culture. L’ambition du Conseil de l’Europe est de consolider la cohésion européenne en promouvant la mixité culturelle et sociale, une meilleure acceptation des autres, à laquelle contribue l’apprentissage des langues et cultures étrangères.

L’Espéranto, pour un monde pacifique
https://commons.wikimedia.org/wiki/File:LLZ_1904.jpg

Ludwik L. Zamenhof en 1904

L’espéranto est une langue construite (c’est-à-dire créée de toutes pièces) par Lejzer Ludwig Zamenhof, un ophtalmologiste polonais né en 1859 à Bialystok, ville alors située dans l’Empire russe. Dès son plus jeune âge, Zamenhof baigne dans une culture cosmopolite. En effet, l’espace où se situe Bialystok est une zone de disputes entre différentes nations (Pologne, Lituanie, Empire russe) et dont la population comptait de nombreux habitants étrangers. Quatre communautés se côtoyaient : les Allemands, les Russes, les Polonais et les juifs dont il fait partie. Chaque langue est utilisée dans un contexte différent : l’allemand pour les ouvriers, le russe pour l’administration, le polonais pour les classes supérieures et le yiddish pour le commerce. Zamenhof vit donc entouré de différentes langues et cultures, qui malheureusement s’opposent souvent.

Pour lui, les différences linguistiques entre les habitants est en grande partie responsable des tensions qui existent entre les différentes communautés. Il décide à l’âge de 15 ans de créer une langue universelle dans le but d’apporter la paix là où il y a de l’incompréhension. Il met quatre ans à créer sa langue, mais insatisfait, il se remet au travail, sans succès. Le 26 juillet 1887, après d’intenses efforts, il publie enfin son manuel, intitulé Lingvo Internacia de Doctoro Esperanto qui sera la première version de la langue espéranto. Doctoro esperanto devient le surnom de Zamenhof et signifie « docteur qui espère » dans la langue internationale.
Au fur et à mesure, Zamenhof complète et corrige sa langue qui prend finalement le nom Espéranto.

Aujourd’hui, l’espéranto est implanté dans le monde entier. D’après Espéranto-France, deux millions de personnes dans le monde parlent couramment l’espéranto dans 150 pays, soutenus par de nombreux centres linguistiques. La langue n’a d’ailleurs pas à rougir de sa littérature. En effet, on estime que 50.000 livres ont été édités en Espéranto, auxquels s’ajoutent les films, journaux et disques. Tous les quatre jours un livre est publié en Espéranto.

Gabriel Ehrnst GRUNDIN [Public domain]

Drapeau de l’Espérantie

L’espéranto a tout pour plaire : la langue est une pionnière d’internet, où de nombreuses méthodes sont disponibles pour l’apprendre. Bien que l’espéranto soit aterritorial, il jouit tout de même de l’Espérantie. Il s’agit de l’ensemble des lieux où la langue est utilisée, ainsi que toute la culture espérantophone, faisant donc de l’Espérantie une zone linguistique internationale.

L’espéranto est, par ailleurs, très facile à apprendre (150 heures en moyenne pour atteindre le niveau B1 pour un francophone, contre 2000 heures pour l’allemand, ou 1500 pour l’anglais). Enfin, cela permettrait de mettre toutes les personnes sur un pied d’égalité : avec l’espéranto, moins besoin d’interprètes oraux et cela permettrait d’établir un terrain d’entente neutre en évitant une prédominance de l’anglais et de la culture anglo-saxonne, en préservant certaines cultures fragiles.

Cependant, cette vision utopiste de l’espéranto a malgré tout très peu de chances d’aboutir. En effet, la langue a encore de nombreuses étapes compliquées à franchir : les populations ne sont pas très motivées à apprendre l’espéranto, demandant des efforts supplémentaires, autant que les pays, frileux à l’idée la perte de position internationale de leur langue (surtout les petits pays). Par exemple, en 1922 l’Iran a proposé l’utilisation de l’espéranto dans les relations de la Société des Nations, mais de nombreuses nations (dont la France) s’y sont opposées. De plus, l’anglais est fortement implanté dans les relations internationales, les panneaux d’indications aux touristes…  Il semble ainsi compliqué de tout changer et de faire apprendre une langue tout de même très peu parlée dans le monde.

Ne pourrait-on pas créer une langue pour l’Europe ?

Il peut venir à l’idée de créer une langue ayant les mêmes aspects que l’espéranto : la facilité d’usage et d’apprentissage afin d’unir les populations autour d’une culture et d’une langue partagée. Cela pourrait se faire en mélangeant des langues européennes (qui sont pour la grande majorité de racine indo-européenne).

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Les_familles_de_langues.png

Les familles de langues (Creative Commons/Bourrichon)

Mais, est-ce vraiment utile ? En effet, une langue européenne pose plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Comme dit précédemment, l’anglais domine le monde du tourisme, d’internet, des communications en général et il serait très compliqué et coûteux de le déloger de sa place de leader. De nombreuses questions s’ouvrent alors : faudrait-il apprendre cette langue à l’école, comme on le fait aujourd’hui avec l’anglais ? Doit-on retraduire tous les textes européens ? Comment être sûr de ne léser personne ? Car, en effet, cette langue ne serait pas parfaite et donc plus facile pour certains que pour d’autres. Les pays européens seraient-ils prêts à financer ce projet ?
D’autres problèmes arrivent aussi : nous avons vu que la majorité des langues européennes sont issues de l’indo-européen, mais certaines (notamment le finnois) sont issues d’autres familles de langues et donc cela rendrait la tâche plus difficile aux linguistes, qui devraient représenter chaque nation dans cette langue universelle.

Le choix d’un alphabet est lui aussi problématique. Il existe en Europe trois alphabets majoritaires : l’alphabet latin, l’alphabet grec et l’alphabet cyrillique (utilisé en Croatie, Slovénie, Roumanie et Hongrie). Il faudrait donc choisir entre un des trois ou les mélanger. De plus, même au sein de l’alphabet latin, il y a de petites différences en fonction des pays : les signes diacritiques (accents, etc..) sont tous différents en fonction des langues. Par exemple, il y a la cédille en français, le tilde en espagnol… Et en dehors des signes diacritiques, des lettres existent aussi dans les alphabets de certaines langues et pas dans d’autres (comme le eszett ß allemand).

En attendant que le projet d’une langue pour l’Europe soit proposé et validé, il semble que la communication au cas par cas (rendue possible par l’anglais ou l’apprentissage de langues spécifiques) soit, pour l’instant, le meilleur moyen de communiquer facilement et rapidement dans le monde.

Dankon pro via legado !

Sources et infos complémentaires
http://eduscol.education.fr/cid45678/cadre-europeen-cimmun-de-reference-cecrl.html
https://esperanto-france.org/
https://esperanto-france.org/zamenhof-le-docteur-esperanto
http://esperanto.net/fr/esperanto-la-langue-internationale/
https://europa.eu/european-union/abouteuropa/language-policy_fr
https://fr.wikipedia.org/wiki/Apprentissage_de_l%27espéranto#cite_note-2
https://www.youtube.com/watch?v=f46sRiTb_Tw


Arts & Culture, Innovation, Société, UE & Institutions européennes,
Rédacteur. Élève à l'Institution Sainte-Marie.
Intérêts : Ecologie, sciences, géopolitique, culture.
Pays d'affection : Allemagne, Royaume-Uni, Finlande, Suède.
One Comment
  1. J’ignorais l’existence de cette langue ! Article très intéressant 🙂

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